Very Rock Trip Festival

Cannon Fodder

Cannon Fodder

Marécages sonores et fièvre électrique

Il y a des groupes qui brillent. Et puis il y a ceux qui rampent.Pas dans l’ombre par manque de lumière, mais parce que leur musique préfère la boue aux néons, la tension au confort. Cannon Fodder fait partie de cette espèce-là.

Et leur passage au Little Rock Trip Festival #1 promet de salir un peu les choses — dans le meilleur sens possible.

Originaire du Mans, le groupe développe un son qu’on n’attend pas forcément de cette géographie. Un swamp rock à l’australienne, étrange mutation entre les terres humides imaginaires des bayous et la rudesse sèche de l’outback. Une musique qui semble traverser les continents sans jamais vraiment appartenir à un endroit précis.

On pense à The Scientists pour le côté brut, à Beasts of Bourbon pour la noirceur, ou encore à Nick Cave and the Bad Seeds pour cette manière d’habiter chaque morceau comme une histoire qui tourne mal.

Mais Cannon Fodder ne cite pas, ils absorbent.

Leur musique est lente à s’installer. Elle avance comme quelque chose de lourd, presque inévitable. Les guitares traînent, grincent, parfois glissent comme des ombres. La rythmique martèle sans urgence, mais avec une constance qui finit par hypnotiser. Et puis il y a ce chant — habité, tendu — qui semble surgir de l’intérieur plutôt que d’être simplement posé sur les morceaux.

Ce n’est pas un rock qui cherche à plaire.

C’est un rock qui impose une ambiance.Sur scène, tout prend une autre dimension. Les morceaux respirent différemment, s’étirent, laissent place à des silences presque aussi importants que les explosions qui les suivent. La tension monte, lentement, jusqu’à ce point de bascule où tout devient plus urgent, plus brut, presque incontrôlable.

Et c’est précisément là que ça devient captivant.Au Little Rock Trip, leur passage s’annonce comme une expérience immersive. Moins immédiate que d’autres, mais probablement plus marquante pour ceux qui accepteront de s’y abandonner. Un moment où le temps ralentit, où les repères se brouillent, où la musique devient une matière épaisse dans laquelle on avance à tâtons.

Un concert comme une traversée.

Pas forcément confortable. Mais impossible à oublier.

Et quelque part entre la poussière du Mans et les fantômes australiens, Cannon Fodder pourrait bien être l’ombre qui plane encore longtemps après la dernière note.

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